Pendant les trois quarts du diner, j'ignore purement et simplement Jules. C'est tellement simple faut dire, il ne dit strictement aucun mot. A croire que j'ai de l'influence.
Milly : Sinon Bethany, tu es en quoi ?
Bethany : Terminale...
Maman : ...Littéraire ! C'est un vrai petit géni.
Bethany : Maman...
Maman : Elle est première de sa classe et adore travailler... On se demande souvent si elle est normale avec son père !
Bethany : (Gênée) Arrête !
Milly : Vous avez tellement de chance... Jules a déjà redoublé une fois et ça ne lui a même pas servi de leçon. Il aime toujours autant les jeux vidéo et préfère vouer sa vie à ça plutôt qu'à ses études !
Maman : Oh et en quoi tu es ?
Jules : Scientifique.
Milly : La seule matière où il excelle et où il a la moyenne est l'art plastique. On a beau lui expliquer que ça ne l'aidera pas dans la vie, il s'entête à rester là dedans !
Maman : C'est amusant, Bethany est pareille ! Je crois qu'elle a 8 heures d'arts plastiques par semaine c'est ça ma chérie ?
J'acquiesce et Jules m'adresse la parole sans même lever les yeux vers moi.
Jules : Option facultative et lourde à la fois ? Faut s'accrocher.
Bethany : J'aime ce qu'on y fait.
Milly : Jules a pris uniquement facultatif. C'était un compromis entre nous. Il pouvait prendre arts plastiques s'il allait en scientifique.
Bethany : C'est complètement nul.
Milly : Pardon ?
Bethany : A quoi bon l'obliger à aller en scientifique si ce qu'il aime c'est l'art plastique ? Littéraire lui conviendrait mieux non ?
Jules : Non. J'arrive pas à comprendre les littéraires, j'aime mieux faire parti des scientifiques tout en touchant à ce qui m'intéresse.
Bethany : Ouai, t'es bizarre quoi.
Jules : Juste pas intéressé par les mêmes choses que des littéraires.
Bethany : Si tu le dis...
Je replonge la tête dans mon assiette pour mettre fin à cette conversation et reste silencieuse jusqu'à ce que nos invités finissent par prendre la porte.
Maman : Je n'avais pas demandé de faire semblant d'être bien élevée ?
Bethany : Désolée mais... Ce Jules m'énerve.
Maman : Je disais pareil de ton père au début.
Bethany : Excuse moi mais entre Jules et papa, y'a une grosse différence !
Maman : Je dis juste que tu devrais essayer de lui laisser une chance... Il a pas l'air si méchant.
Bethany : De toute façon, je le reverrai plus jamais. Si j'le croise en train de sortir sa poubelle, j'aurai juste à fixer mes pieds et à compter le nombre de cailloux qu'il y a sur le sol.
Maman : Bref... Bonne nuit ma puce.
Bethany : Bonne nuit maman.
Elle m'embrasse sur le front comme toute maman un peu trop protectrice le ferait à sa fille de bientôt 18 ans et sort de ma chambre. Je tente de décontracter mes nerfs mais penser à demain m'empêche de dormir... Je sens que Zoé va me harceler pour suivre Peter partout et ne rater aucun des messages qu'il recevra. Je finis cependant par m'endormir et comme toute personne qui dort, je hais le réveil qui vient me sortir de mon sommeil.
Comme chaque lundi après midi depuis le début de cette année scolaire, je passe 3 heures à travailler sur mes planches de croquis. Même si je m'énerve dés que maman parle de mon attirance pour le travail bien fait, j'avoue aimer que tout ce que j'entreprends se conclu sur un 20/20. Me voilà donc concentrer sur cette satanée planche de croquis qui a pour thème « De l'ombre jaillit la lumière », à me creuser la cervelle sur ce que je vais bien pouvoir faire quand une voix attire mon attention...
Prof : Allez vous asseoir sur la table qui est au fond. Vous pourrez demander le sujet à la demoiselle brune qui est à côté.
L'avantage en Arts plastiques c'est que c'est chacun sa table. Le problème ? C'est que c'est tellement cool que lorsque c'est pratique (C'est en gros uniquement ce qu'on fait en arts plastiques facultatif), le cours se transforme en anarchie, chacun vit sa vie, fait ce qu'il veut et la prof se contente de tourner autour des seuls élèves qui travaillent pour leur pauser des questions sur leur intension pour ce projet en cours de réalisation.
Là où je veux en venir c'est que si Jules s'assoit à côté de moi et qu'il se décide à me parler, je n'aurai aucune excuse pour ne pas l'écouter.
Jules : Salut.
Bethany : ...
Jules : Je voulais juste te demander le sujet... Après j'te laisse tranquille.
Bethany : De l'ombre jaillit la lumière... Essaye de travailler sur le contraste tout en appuyant sur la continuité. Elle sera contente.
Jules : J'en prends bonne note.
Je me remets au travail quand Zoé me saute dessus.
Zoé : Tu fais quoi ?
Bethany : Et toi ?
Zoé : Je surfe sur le net depuis tout à l'heure en prétextant faire des recherches sur Richard Avedon. Quel grand artiste d'ailleurs...
Bethany : Tu n'as strictement aucune idée de qui il est n'est ce pas ?
Zoé : Aucune effectivement.
Bethany : C'est un super photographe, penche toi là-dessus.
Elle s'approche de moi pour me chuchoter à l'oreille.
Zoé : C'est qui ce nouveau avec qui tu parlais ?
Bethany : Mon nouveau voisin.
Zoé : Quoi ?! Mais il est trop... Wah !
Bethany : Et surtout super bizarre.
Zoé : Nan, toi t'es super bizarre. Lui il est super canon.
Bethany : Ma pauvre enfant. Quand comprendras-tu enfin que dans la vie, il y a aussi les études ?
Zoé : Les quoi ?
Bethany : (désespérée) Retourne sur ton ordinateur et laisse moi travailler tu veux ?
Zoé : Tu finiras dans un couvent si tu continues comme ça... Crois-moi !
Je lui attrape les hanches et la pousse hors de mon passage. Je me dirige vers la salle informatique et m'installe à un ordinateur. Quand je vois Jules s'asseoir à côté de moi, je soupire bruyamment.
Jules : Quoi ?
Bethany : T'as jamais pensé à harceler quelqu'un d'autre par hasard ?
Jules : Qui harcèle qui déjà ? J'ai bien peur de ne pas avoir suivi toute l'histoire...
Bethany : Toi tu me harcèles ! Tu emménages à côté de chez moi, tu te mets à côté de moi dans la seule matière qu'on aura en commun et tu dois encore t'asseoir à côté de moi ici ?
Jules : Oh. C'est vrai que ça pourrait passer pour du harcèlement. Mais je dois dire qu'en dehors d'un vieil ami, je connais que toi ici. Ca durera pas longtemps tu verras...
Bethany : Pas longtemps ?
Jules : J'suis très sociable. D'ici une semaine, tu entendras parler de moi partout comme le nouveau super canon et incroyable. Si tu es la première fille à m'avoir accueillie, je serai ton ami et quand je serai populaire, tu le seras aussi. J'peux t'apporter la gloire avec ma belle gueule tu sais !
Bethany : Et en plus il est modeste.
Jules : Arrêtes, j'vais rougir.
Très bien. Ignorons-le. Je pense que c'est la seule solution pour être enfin tranquille.
Jules : Une semaine. Une toute petite semaine et tu reprends ta vie banale et ennuyante.
Bethany : Tu crois que parce que tu me supplies, je vais accepter de faire semblant d'être ton amie ? C'est assez pathétique.
Jules : Ok. J'abandonne.
Il se lève et s'en va. Je me sens libérée d'un grand poids. Après deux heures et demie de réflexions intenses sur « mettrais-je cette ombre à gauche ou à droite ? Ou Peut-être en haut... » je me précipite vers la sortie, rapidement rejointe par Zoé.
Zoé : Donc c'est ton voisin, il est super sexy, a l'air absolument gentil et toi tu... L'envoies balader ? C'est tout à fait compréhensible.
Bethany : Je sais.
Zoé : On a le droit d'être effrayée quand on rencontre quelqu'un de géniale... Tout le monde le serait.
Bethany : Je sais parfaitement que tu es ironique.
Zoé : M'enfin, ta chance est passée. On ne va pas s'apitoyer sur ton sort n'est ce pas ?
Bethany : Ouai, passons à autre cho...
Je me coupe dans ma phrase, interrompue par une scène chaotique.
Zoé : ChoSE. Ca se dit, choSE.
Bethany : Il...
Zoé : Quoi ?
Elle se tourne et comprend mon blocage.
Zoé : Oh. Tu l'as envoyé sur les fleurs et il est apparemment ami avec Peter ?
Bethany : Il va lui dire que je suis absolument infréquentable, mal élevée et pas altruiste... Peter ne voudra plus jamais m'adresser la parole et je n'aurai plus qu'à me suicider !
Zoé : La situation n'est peut-être pas aussi désespérée qu'elle en a l'air. Si tu te rattrapes assez rapidement, Jules n'aura même pas le temps de se rendre compte que tu es une fille abominable et invivable.
Je l'attrape par la main et me dirige à toute vitesse en direction de Peter et Jules. Lorsque leurs deux regards se pausent sur nous, je comprends que je suis en train de faire une grosse bourde mais il est déjà trop tard pour repartir.
Peter : Betty ?
Je sens Zoé se crisper. Elle sait tout autant que moi à quel point je hais ce surnom et si elle l'emploie, c'est uniquement pour m'embêter.
Bethany : Hey.
Peter : Tu voulais quelque chose ?
Bethany : Non. Enfin, oui mais... En fait non. Hé hé !
Jules : J'y crois pas.
Bethany : Quoi ?
Jules : Rien.
Bethany : Tu as dit « J'y crois pas »... Pourquoi ?!
Jules : Pour rien. Laisse tomber.
Je finis par tourner la tête vers Peter et reprends mon sourire.
Bethany : T'as réfléchi à un endroit pour notre rendez-vous ?
J'entends Jules pouffer derrière moi mais n'y fais pas attention.
Peter : Je me suis dit que commencer par un cinéma serait pas mal ?
Bethany : Ca marche ! Samedi soir ?
Peter : Absolument.
Je lui sourie à nouveau et m'en vais, toujours accompagnée de Zoé.
Zoé : C'était quoi ça ?
Bethany : Je venais m'assurer que Jules n'avait pas monté la tête de Peter et que ce dernier voulait toujours sortir avec moi.
Zoé : Oh.
Bethany : Apparemment, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Et maintenant qu'il s'est engagé, il ne peut plus revenir en arrière !
De mon côté...
Jules : Depuis quand tu t'intéresses au genre « asociale et coincée » ?
Peter : Depuis qu'elle vaut 50 points.
Jules : Vous jouez encore à ça ?
Peter : Et oui, un jeu d'hommes, tu peux pas comprendre.
Jules : Bref, avant que cette fille désespérée n'arrive en courant, je voulais te dire que j'apprécierais énormément que tu me rendes mon caleçon préféré.
Peter : Ouai. Ca a l'air dur comme histoire mais j'peux rien faire pour toi.
Jules : Je sais parfaitement que quand j'suis venu chez papa la semaine dernière tu me l'as volé alors s'il te plaît, rends le moi.
Peter : T'es en train de me péter un câble pour un caleçon ?
Jules : C'est pas n'importe quel caleçon, c'est mon préféré.
Peter : Tu me fais pitié. Voilà pourquoi tu m'insupportes.
Jules : Je m'en fou que tu me détestes, je veux mon caleçon !
Peter : Tu demanderas à ta petite maman d'amour de t'en racheter un...
Jules : OK tu me blases. J'comprends même pas pourquoi mon père réussit encore à te supporter.
Peter : Peut-être parce que ma famille lui convient mieux que votre secte de cinglés ?
Jules : C'est sûr, ça peut être que ça.
Je m'en vais en soupirant. Heureusement que j'ai de bons rapports avec mon beau père sinon je crois que ce crétin aurait réussi à me rendre jaloux. Lui et moi n'avons absolument aucun lien de parenté mais je dois le supporter tous les week-ends puisque mon père s'est remarié avec sa mère. J'en ai honte mais c'est pas moi qui choisi.
De plus, j'aimais vraiment ce satané caleçon. Je ne sais pas comment je vais m'en sortir sans lui dans cette nouvelle ville tout seul...
Et un nouveau délire, un !
Navré mes amours mais fallait pas me tendre une perche aussi longue ! Ils auraient du prendre du français, on en serait pas là, dans "encore et encore" y'a pas la syllabe "gay" comm dans "again and again" on est d'accord ? Ils n'ont tout simplement pas fait un choix très judicieux !
2PM - "Again and again" parodie (Et faîtes moi pas croire qu'il ressemble pas à Bi Rain !) Un commentaire pour être prévenue de la suite !